Apple : l’inverse du marketing conversationnel ?

5 fév

Citoyens !

On a tergiversé ça et là sur les détails techniques du iPad. Les « experts » se sont battus à coup d’arguments basés sur des communiqués de presse et sur une présentation de Apple (notez la force d’Apple : on arrive à faire du test produit sans tester le produit).

La vérité, c’est que l’iPad n’est pas le vrai sujet. Le vrai sujet, c’est en fait la question de société que pose Apple. Roberto le résume sur le blog d’Harvard :

« With the iPad Apple has not provided an answer to market needs. It has made a proposal about what could fit us and what we could love. It’s now up to us to answer whether we agree. »

Comme un souverain proposerait à ses ouailles d’accepter ou non une nouvelle orientation pour aller battre campagne contre tel ou tel territoire, Apple ose donc en quelques sortes nier les signaux évidents du marché, nier engager la conversation mais propose comme d’antan de suggérer une révolution par l’offre.

Est-ce puissant ? Est-ce tenable ?

C’est le cœur de la stratégie marketing d’Apple historiquement : proposer depuis son noyau une vision, attendre que les communautés d’utilisateurs adhèrent ou non et s’approprient cette vision. Améliorer seulement ensuite le produit, et continuer à ne pas converser en direct.

Tout comme une religion, ce type de marketing peut fonctionner le temps que l’on « croit » dur comme fer (et de manière irrationnelle) qu’un produit est meilleur qu’un autre. En effet, si l’utilisateur lambda n’était que rationnel et qu’attiré par le bénéfice produit, à prix égal il se ruerait seulement vers un PC. En clair, à l’heure où toutes les applications, logiciels, usages des ordinateurs se transforment en interface purement web  -enlever votre navigateur et vous allez arrêter d’allumer votre PC à part pour faire de la machine à écrire- le choix PC vs Mac ne devrait même pas être un sujet.

Or tout comme une religion, c’est une forme de blanc seing a priori envers quelqu’un ou une matrice d’idées. L’enjeu est de savoir si Apple parviendra à maintenir encore longtemps la mise en valeur, la rétribution « morale » de ses plus actifs défenseurs (qui font tout le boulot, de facto : 17 millions de liens créés un jour avant la présentation de la tablette Apple !). Or comme tout empire, il arrive un moment où le notable local se fait débaucher par le voisin d’en face. Ou décide de s’affranchir du cartel. Ou commence à ne plus accepter les bugs répétitifs aka les impôts levés trop souvent dans une économie de l’attention.

A suivre, donc.

Mon cinéma du mois avec un regard marketing

29 jan


Citoyens !

J’ai démarré le mois avec Toy Boy. En gros, l’histoire d’un jeune jouvenceau beau comme une playmate. Le pitch

« Un gigolo de luxe maladroit, admirablement campé par l’acteur Ashton Kutcher qui se joue de son image de minet hollywoodien dans une fausse comédie romantique teintée d’érotisme. Car derrière l’apparente légèreté de cette chronique, le film de Mackenzie pose un regard perçant sur une ville désenchantée et peint la tragédie de la frivolité obstinée avec une acidité de ton jouissive. »

Bon on va relativiser la teneur « puissante » mais cachée du film. D’un point de vue marketing, 2 enseignements :

  • il semblerait que le Bel Ami des temps modernes aux Etats-Unis n’est plus aucune volonté de pouvoir. C’est ça la génération Y ? serait-ce la traduction d’une oisiveté maladive ?
  • la non séparation entre fiction et vie dite « réelle ». Après le journal intime des stars, voici donc le film extime : sublimation, distortion ? Au final quelle histoire raconte-t-on dans ce genre de films ?

J’avais fini l’année avec El Nino Pez. Une histoire d’amour et de désamour, une ambiance justement pas aussi lisse que Toy Boy.

« Centré sur l’amour fusionnel et impossible que se portent deux jeunes filles campées par les comédiennes Inès Efron et Pep Munne, El Niño Pez dégage une sensualité proprement incandescente, sans pourtant basculer dans le voyeurisme ni l’érotisme gratuit. A grand renfort de flash-back, Lucia Puenzo construit une oeuvre haletante, distillant le mystère à travers un récit où s’entremêlent présent et passé, et appuyant toujours un peu plus l’atmosphère onirique de son échappée amoureuse. »

Qu’en retenir :

  • les films qui accrochent ne peuvent seulement suivre un standard qu’on reproduit à l’infini. Après le 150ème toy-boy, on risque de devenir fou
  • il faut un certain investissement de la part du spectateur pour entrer dans une intrigue plus puissante

Enfin Choke. :

« Victor partage son temps entre un emploi peu épanouissant de figurant dans un village d’antan pour touristes, l’hôpital psychiatrique où sa mère est internée et les rencontres de soutien pour accrocs du sexe auxquelles il assiste pour faire des conquêtes faciles. À la mi-trentaine, il se fait un point d’honneur de ne cultiver aucune relation personnelle autre que celle qu’il entretient avec son meilleur ami Denny. Mais tout change lorsque sa mère, qui méprend constamment son fils pour son avocat, lui déclare qu’elle a menti sur son passé. Avec le concours inattendu d’une charmante femme médecin, Victor entreprend de mettre de l’ordre dans sa vie. »

Mon film du mois : rien n’est conventionnel, tout est un gigantesque bordel animé. On ne sait plus qui on est, ce qu’on fait. Pour ceux à qui ça parle : la même sensation que quand vous êtes saisonnier dans une station balnéaire et que tout va trop vite, trop loin; où ce qui est malsain ne l’est plus vraiment car mis sur le dos de la « période ».

  • une œuvre de divertissement doit aussi pouvoir se greffer sur votre vécu
  • j’ai pas d’argument marketing, et alors? c’est vendredi hein.

Vous allez être choqués, sans doute. Vous serez rigides un jour pour l’éternité, alors vous avez le temps !

Ce que les followers veulent – sur Twitter or else

26 jan

Citoyens !

Une statistique au combien intéressante autour des raisons pour lesquelles un insumer suit ou non une marque dans les médias sociaux.

On se rend compte que la vocation informative est clé pour 61% des consommateurs. Que finalement le côté divertissant n’est pas si important que ça. Que par contre pour les utilisateurs lambda, la capacité à pouvoir obtenir des réductions ou autres systèmes de couponing est très importante (65%).

Du pragmatique donc, un collègue extraordinaire me dirait « on est po là pour enculer des mouches fouya« . Reste à savoir si la « personnalité », cette touche compliquée à mesurer, n’est pas pour quelque chose.

Un chasseur sachant être suivi sans son fun est un bon chasseur.

Le quotidien de 60 millions de consommateur

22 jan

J’en ri-go-le encore.

L’excessivement mauvaise communication de crise d’Air France

20 jan

Citoyens !

A force de taper sur Airfrance, on va croire que je bosse pour un groupe concurrent. Et bien même pas, je suis même un grand fan de cette compagnie quand tout fonctionne (c’est-à-dire, malheureusement pour moi, dans seulement 80% de mes déplacements avec eux).

Mais alors là, je ne peux que me demander ce que les marketeux d’AirFrance fument :

airfrance

Ceci est une capture d’écran prise par Sophie Ginger :

« Ratage de com’: sur son site « corporate », Air France communique sur ses nouveaux sièges avec « plus d’espace, plus de confort et plus légers »

Et je viens de recevoir à l’instant un email promotionnel dont le titre est :

2010 : pour bien commencer l’annee, partez a prix legers !

Alors que l’opinion semble tirer à boulets rouges sur la hausse des prix ce type de contresens – donc de provocation dans le cas d’une crise – ne peut être toléré :

« Mardi, Air France-KLM a indiqué que les personnes obèses dans l’incapacité de s’asseoir dans un seul siège d’avion devaient réserver un second siège payable à hauteur de 75 % du prix d’un billet classique. En réalité, cette nouvelle n’en est pas une. La politique commerciale pour les passagers à forte corpulence est bien rodée depuis 2005 dans la compagnie. »

A croire qu’Air France est victime de la loi des séries…

Un enseignement de sûr : dans le cas de communication digitale, il importe de coordonner expressément l’ensemble des tactiques mises en oeuvre. Pour le public final, comme nous, les signaux du même émetteur font partie d’un tout et d’une histoire globale de la marque.

Y a-t-il un community manager dans l’avion ?